• CHAPITRE 1➤

    Les grondements discordants et l'odeur pestilentielle envahissaient, polluaient les narines et les oreilles des deux jeunes gens ; un véritable supplice que de supporter ces êtres malodorants et très peu ragoûtants. La route était indéniablement longue. "Si mon odorat survit à cette horreur, je promets d'abandonner mon agnosticisme !" pensait le jeune homme, refoulant une irrépressible envie de vomir. Roxane, quant à elle, se méfiait de ce calme assourdissant qui régnait en ces lieux désolés.

    LES MACCHABÉES ne leur accordaient aucune attention et pourtant, l'adolescente se sentait menacée par cette insupportable présence. À vrai dire, en observant attentivement ces choses déambuler, on pouvait très facilement comprendre pourquoi Roxane ne se sentait pas très à l'aise : CES CRÉATURES avaient une peau grisâtre qui partait en lambeaux. ÇA arborait un air hagard et un regard éteint, traînant autant les pattes que Am... lorsque C'était pourvu de jambes.

    De courageuses BESTIOLES sans vie, se tenant debout mais tombant en pièces. Certaines semblaient être atteintes de strabisme : Des yeux loin d'être symétriques, suivant des directions diamétralement opposées. "Si seulement ils pouvaient se taire ! J'en ai marre de ces gémissements !" marmonnait grincheusement Am, captant l'attention de sa jeune amie. Elle fronça les sourcils et le dévisagea un instant, avant de se reconcentrer sur LES MONSTRES. C'était doté d'une mâchoire pendante, quand ILS en avaient une. LEUR cavité buccale n'était pas des plus charmantes ; Ça grouillait de pourritures et d'asticots. Les mouches venaient souvent s'y loger impudemment.

    Respire. Garde ton calme.

    Tout va bien. Tout va bien.

    Ne les regarde pas. Ne panique pas.

    Respire. Respire. Respire et reste calme.

    L'astre solaire était maintenant suffisamment haut dans le ciel, éclairant ces terres désolées... ainsi que CES CHOSES aux longues et menaçantes griffes rétractiles. "Heureusement qu'ils ne s'intéressent pas à nous" songeait Roxane, essayant de contrôler fébrilement sa respiration. Am, quant à lui, avait l'air d'être dans la lune. À quoi pouvait-il bien penser ? L'adolescente se le demandait. La lumière de ce soleil matinal redonnait un peu de couleur aux environs et élargissait considérablement le champ de vision des deux compagnons.

    Am et Roxane s'arrêtèrent. Ils levèrent les yeux vers cette gigantesque ville fantôme qui se dressait devant eux. Ville misérable, dans un état lamentable. Ils y entrèrent, sans un mot, sans se précipiter à l'intérieur ; ce n'étaient que des ruines, après tout. Des ruines qui, peut-être, recelaient des vivres et d'autres merveilles. Habitations, gratte-ciel et nombre de géants en béton s'élançaient jusqu'au ciel. C'était beau. C'était triste. C'était surtout désert.

    Un nombre considérable de monstres à quatre roues gisaient, jonchant les rues silencieuses, les crasseux trottoirs ainsi que l'intérieur de certains magasins et de certaines boutiques. Un véritable cimetière dans lequel une multitude de pillards auraient pu sévir. Am et Roxane regardaient pensivement l'environnement au sein duquel ils progressaient. Sans se presser, en se tenant la main et gardant le silence. Un silence que Roxane décida de briser.

     

    «Je... Je n'arrive pas à croire que... C-c'est arrivé t-tellement vite ! murmura la jeune fille en levant les yeux vers son compagnon de route.

    —Oui. Trop vite. B-beaucoup trop vite.

    —Tout le monde est devenu fou, lâcha-t-elle tristement en serrant, d'une main tremblante, la menotte de Am dans la sienne. On vit dans un monde de fous.

    —Et nous ? s'interrogea le garçon au bonnet noir. Tu crois que nous sommes devenus fous ?

    —A-Am ! Comment veux-tu que... que je le sache ?

    —Je... Je ne sais pas.» répondit le jeune homme avant de froncer les sourcils. Un bruit. Un bruit que Roxane entendait, elle aussi : le vrombissement d'un moteur.

     

    Un véhicule approchait rapidement. Un véhicule roulait dans leur direction. En direction de cette nécropole urbaine. Les deux adolescents sursautèrent, bouleversés par cette menace imminente. Ils se réfugièrent à tire-d'aile derrière un vieux pick-up à la carrosserie rouillée. La végétation dévorait lentement le SUT, essayant de reprendre ses droits. Dame Nature avait toujours été indomptable... et silencieuse. Am et Roxane allaient devoir prendre exemple sur elle, s'ils voulaient assurer leur survie.

    Grondement de moteur. Ils s'approchent.

    Le véhicule s'arrête. Ils coupent le moteur.

    Ils ouvrent les portières. Ils sortent du véhicule.

    L'adolescente prit son courage à deux mains et se mit à plat ventre, jetant un coup d’œil sous le bas de caisse du SUT en décomposition ; des blouses blanches ainsi que des uniformes militaires. "Oh non ! On est dans la merde !" se disait la jeune fille en reconnaissant ces individus. Am ne bougeait pas d'un pouce, pétrifié de terreur. Roxane se redressa le plus silencieusement possible et le prit dans ses bras, essayant de le calmer... de le rassurer.

    Le jeune homme serrait anxieusement son sac à dos contre son torse. Sac à dos qu'il avait ôté, d'un geste rapide et maladroit, en se cachant derrière la carcasse de la camionnette. Il tremblait comme une feuille et se balançait légèrement d'avant en arrière. Il était terrorisé : qui ne le serait pas ? Roxane, qui tentait vainement de l'apaiser, ressentait une peur tout aussi aiguë.

    Les blouses blanches regardaient pensivement les environs, protégées par les forces armées. "Rapidité" n'était visiblement pas le mot d'ordre. Un long silence. Un silence pesant régnait en ces lieux, marié au bruit des pieds foulant ce sol sec et aride. Les deux compagnons ne savaient que trop bien ce qui les attendait, si par malheur cette unité militaire venait à les trouver : ils refusaient catégoriquement ce scénario.

     

    «Un peu de nerf, messieurs ! Elles sont forcément...

    —Ils ! C'est "ils" ! Pas "elles" ! trancha coléreusement le jeune homme, se levant avec rage pour leur adresser son majeur, sous le regard effaré de son amie.

    —Bonjour Monsieur Carter, répondit le scientifique en souriant. Toujours aussi facile à berner à ce que je vois. J'imagine que Mademoiselle Idris est avec vous... je me trompe ?

    —Merde.» bougonna-t-il en réalisant son erreur. Am se baissa et s'empressa de plonger une main dans son sac à dos, à la recherche d'un objet qui puisse leur sauver la mise.

     

    Roxane regardait son compagnon mettre son havresac sens dessus dessous, dans l'espoir de les sortir de cette situation quelque peu périlleuse. La jeune fille était nerveuse, jetant un rapide coup d’œil à travers la vitre crasseuse du SUT... puis un autre, tout en vérifiant si son ami avait trouvé quelque chose. Les uniformes militaires et les blouses blanches s'approchaient dangereusement. Les secondes étaient devenues des minutes, et les minutes étaient devenues des heures. Un pistolet de détresse. Am venait de trouver un pistolet de détresse.

    Il s'empressa d'en faire usage. Ses mains tremblantes ne lui facilitèrent pas la tâche. Au contraire. Le jeune homme se redressa, pointant sa pseudo-arme vers ceux à qui l'on aurait pu donner le surnom d'ennuis sur pattes. Un tir. Une fusée éclairante virevoltant jusqu'au véhicule militaire. Du bruit, attirant LES CRÉATURES vers celui-ci et occupant alors l'attention des uniformes, ainsi que celle des blouses. Grognements. Gargouillis. Encerclant les ennemis des deux compagnons, qui n'hésitèrent pas à prendre la poudre d'escampette.

    "Pas de pitié pour ceux qui nous veulent du mal" pensaient-ils, hâtant le pas et s'élançant le plus loin possible. S'éloignant de cette grande ville, ou plutôt de son centre, grouillant de vie et de mort. Une fois à l'abri du grand festival de la survie et du buffet des MACCHABÉES, Roxane et son camarade ralentirent le pas. Reprendre son souffle. Faire partir les points de côté. Et balancer simultanément ses deux bras d'avant en arrière pour Am. L'adolescente qui le regardait pensivement, décida de l'imiter, ce qui fit décrocher un sourire au visage plein d'étonnement du garçon. Après les bras... vinrent les pieds, berçant lentement, l’entièreté du corps.

    Un peu plus tard dans la journée, les deux compagnons trouvèrent refuge dans une vieille maison, poussiéreuse et en ruine, comme le reste de cette ville gigantesque et menaçante. Prudence étant mère de sûreté, comme le dit si bien cette expression, Am et Roxane vérifièrent donc chaque pièce afin de s'assurer que personne n'avait eu la même idée qu'eux. Une fois certitude installée, ce fut au tour des deux jeunes gens de se poser tranquillement pour camper ici, le temps d'une nuit. Le garçon au bonnet noir fourra sa main dans son havresac, sortant de celui-ci quelques paquets de chips aux saveurs étonnement variées : barbecue, paprika, chili et compagnie... Peut-être n'était-ce pas si varié que cela, en fin de compte. Mais qu'importe ? La faim réclamait son dû.


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