• HAUNTED S.O.U.L➤

    Cédric était un jeune homme d'une vingtaine d'années à peine. Fils unique, il était le résultat de l'union entre Bill Gonzalo et Martina Morris ; un couple censément improbable car l'ambitieuse et tenace personne qu'était le père de Cédric avait toujours été connu comme étant un grand xénophobe. Cependant, l'impensable s'était produit au grand dam de la famille de Bill. L'homme aux cheveux blonds excellemment gominés et à la peau méchamment blanche avait épousé la merveilleuse et courageuse Martina dont la peau était aussi noire que le bon chocolat et dont les cheveux bruns étaient toujours coiffés en une queue de cheval impeccable. Cette famille aurait pu être sans histoire. Après tout, ils vivaient dans un quartier tranquille. Un endroit calme où les problèmes prenaient congé. Ils n'étaient pas véritablement spéciaux, ni richissimes ou même célèbres. Pourtant, le jeune homme était différent. Il avait vécu dans son enfance quelque chose digne des pires cauchemars et des meilleurs scénarios de films d'horreur. Quelque chose qui l'avait marqué pour toujours d'une trace indélébile qui ne partirait que lorsque lui-même ne serait plus là. Et tandis qu'il devait quitter le nid familial pour aller voler de ses propres ailes, le jeune homme avait décidé de retourner sur les lieux de ce tragique événement. Avec l'aide d'une certaine Pamela Quincy, jeune agent immobilier excentrique mais chevronnée il parvint à s'accaparer la "maison de ses rêves" ; une vieille demeure en ruine. Mais cette sombre résidence était l'objet de ses souffrances, la raison pour laquelle il était devenu si solitaire. L'origine du pourquoi il cachait une profonde lassitude au fin fond de son cœur en miettes.

    A peine avait-il posé un pied à l'intérieur de ce qui serait son foyer qu'il sentit un frisson d'angoisse traverser entièrement son corps. Sa peau pourtant assez brune devint un peu plus pâle, ses cheveux roux s'hérissèrent sur sa tête et les pupilles baignant dans le vert de ses iris se rétractèrent douloureusement. De longs filets de sueur coulaient le long de son front, de son dos. Un sentiment de malaise l'étranglait. Il suffoquait. Il étouffait... Il se précipita à l'extérieur pour retrouver son calme.

     

    <<Je crois que je m'occuperais de l'installation des meubles demain...>> Pensait le jeune homme, essayant de dompter son cœur battant et sa respiration sifflante.

     

    Et c'est ce qu'il fit. Finalement, après une longue et épuisante semaine Cédric pouvait finalement dormir dans un lit ce soir. Il remerciait un quelconque Dieu pour l'aide qu'il avait reçu de ses nouveaux et bienveillants voisins et après avoir dévoré un vulgaire sandwich, il se laissa tomber rapidement dans les bras de Morphée... avant d'y être brutalement expulsé par un étrange et inquiétant bruit. Une longue plainte. Des gémissements. Des voix d'enfants qui appelaient à l'aide dans l'agonie et la douleur. Voilà ce qu'était cet abominable son qu'il percevait. Et au fur et à mesure que les jours se déroulaient, cette sinistre mélodie devenait toujours plus forte, plus agressive. Parfois, quand il regardait du coin de l’œil, il croyait voir un enfant. Loin de lui. Près de lui. Pas trop abîmé. Dans un état effroyable. Ils étaient tous différents. Et Cédric en avait compté cinq au total. Et chaque visage lui était familier. En vérité, il les reconnaissait tous parfaitement. C'étaient ses amis d'enfance.

    Était-ce donc la réalité ? Ou bien hallucinait-il ? Cédric n'en avait fichtrement aucune idée et il était terrorisé. Après tout, ce qui lui était arrivé avait causé en lui une brisure inaltérable et un choc inoubliable ; il s'en souvenait comme si c'était hier. Comme si c'était hier...

     

     

    Ils étaient tous effrayés. Ce petit groupe de camarades était simplement venu s'amuser dans cette grande maison qu'ils considéraient comme leur terrain de jeu personnel. Un endroit où ils pouvaient se faire peur, jouer à cache-cache et rigoler tous ensemble. Quelle erreur de venir ce jour-là... ou plutôt, cette nuit-là.

     

     

    Encore un cauchemar. Un réveil en sursaut. Cédric n'avait plus aucune notion du temps. Il restait enfermé chez lui, dans le noir. Assis au milieu du salon, pied de biche à la main. Combien de jours, de mois s'étaient écoulés depuis qu'il avait emménagé ici ? Il ne s'en souvenait plus. Mais il y avait une chose dont il était sûr ; il devait surveiller ces sales petits monstres. Ceux qu'il avait toujours considéré comme des amis étaient à présent des créatures repoussantes, plus mortes que vivantes. S'il avait le malheur de baisser sa garde... il n'osait même pas imaginer ce que lui feraient "ses amis".

     

    <<Vous ne m'aurez jamais... JAMAIS ! Vous m'entendez ?>> Hurla-t-il d'une voix qui déraillait légèrement en un rire nerveux et frénétique.

     

    <<Tu es un menteur. Un menteur.>> Crachait la vieille radio sur l'étagère.

     

    <<Tu es un lâche. Tu nous as laissé tomber.>> Chuchota une voix derrière son oreille.

     

    Un vif sursaut. Tremblements intenses. Il brandit son arme avant de se retourner pour l'abattre dans le vide. Rien. Il n'y avait personne derrière lui. Mais il avait pourtant bien senti le souffle chaud et putride de l'un d'entre EUX dans sa nuque, non ? Il avait reconnu le toucher d'une main glaciale et poisseuse et pourtant si bouillante et écailleuse lui caresser la joue ou encore les mains et la gorge. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Est-ce que tous ce qu'il vivait n'était qu'illusion ? N'était-ce pas réel ? En fin de compte, Cédric s'écroula d'épuisement et perdit connaissance.

     

     

    Il courait. Aussi vite que ses petites jambes boudinées pouvaient lui permettre. Le petit garçon à la tignasse rousse était recouvert d'un gluant et collant liquide rouge. Certains, en le voyant au loin dans l'obscurité de la nuit auraient pu croire à de la peinture ; mais cela n'en était pas. Ça non. Et le garçonnet savait mieux que quiconque d'où provenait cette matière écœurante et pâteuse. Les larmes débordaient le long de ses joues, tandis que la morve venait ternir un peu plus sa tenue maculée.

     

    <<A L'AIDE ! QUELQU'UN !>> Hurlait le petit garçon.

     

     

    <<Vous ne m'aurez pas... Vous ne m'aurez pas... Je le jure... Je le jure sur ma propre vie...>> Soufflait-il dans un ricanement fiévreux et hystérique.

     

    <<On avait besoin de toi.>> Fit la voix qui provenait de l'archaïque poste de radio.

     

    <<Pourquoi tu n'es pas resté ? Pourquoi tu nous a abandonné ?>>

     

    C'en était trop pour Cédric qui n'avait plus aucune notion de l'espace. Il ne les avait pas sacrifié. Cette nuit-là, il était persuadé que s'il parvenait à échapper à ce monstre, il aurait pu les sauver. Tous sans exception. Qu'est-ce qu'il était naïf. A présent, il regrettait cet acte de couardise ; mais qui pourrait le blâmer, lui qui à cette époque n'était qu'un enfant apeuré et innocent ?

     

     

    C'était en silence qu'il penchait doucement sa tête depuis la fenêtre de sa chambre. C'était haut. Affreusement haut. Entamant sa neuvième année d'existence, il se demandait si ça allait faire mal ? Serait-ce rapide ? Il était terrifié tout simplement parce qu'il ne pouvait pas le savoir, ni le deviner. Mais il n'avait aucune envie de revoir continuellement ces visions d'horreur dans ses rêves, dans ses dessins ou même dans le noir. Il en avait ras le bol. Il était fatigué. Son appétit était devenu aussi petit voire plus que celui d'un moineau. Les nuits étaient éprouvantes et insupportables. Cédric était décidé. Il enjambait alors la fenêtre. Mais encore une fois, l'hésitation se fit alors qu'il se tenait debout, au bord du précipice. Avait-il véritablement envie de rejoindre ses amis ?

     

    <<Fais-le.>> Lui murmura une voix.

     

    Un pas en avant. Tous les muscles de son corps étaient maintenant décontractés. Il se sentait soudainement très léger. Plus aucune question. Plus aucune crainte. Puis le cri de sa mère. Et son père qui courait vers la zone probable d'atterrissage de Cédric. Tout devint noir.

     

     

    Combien de temps s'était-il passé ? Cédric ne le savait pas. Cédric ne le savait plus. Cédric n'était plus que l'ombre de lui-même. Ses cheveux commençaient à troquer le roux au gris. Une barbe désordonnée et visiblement non entretenue avait poussé et des rides semblaient avoir fait surface. Qui était-il à présent ? Juste un homme brisé. Peu importait son nom. Il n'était plus le jeune homme pimpant qu'il était. Encore moins le petit garçon joyeux et espiègle. Il était devenu "quelque chose".

     

     

    <<Je m'appelle Cédric et toi ?>> Demanda-t-il au jeune garçon qui lui faisait face.

     

    <<Je... Je dois retrouver mon amie...>>

     

    <<Dis-moi ton nom.>> Ordonna-t-il sèchement.

     

    Plus aucun bruit. Il examinait en silence le jeune homme en face de lui. Couvert de rouge, il avait des cheveux bruns aux teintes roussâtres malheureusement croqués par le blanc et ébouriffés par ce qu'il avait pu vivre. Sa peau était d'une pâleur maladive et ses iris étaient d'une couleur ambrée gâchée par les énormes poches noirâtres qu'il avait sous les yeux. En le regardant, il voyait son propre reflet et alors il se souvint de l'homme qu'il avait été un jour. A son grand bonheur, le garçon répondit enfin à sa question.

     

    <<Je... Je m'appelle Am. Pitié... Aidez-moi. Mon amie est en danger ! Elle a été... attaquée par ces choses et je dois...>> Bafouillait le jeune homme.

     

    <<Calme-toi. D'accord ?>> Murmura le trentenaire d'un air rassurant.

     

     

    C'était le grand jour. Il était l'heure de partir. Pointant le revolver sur sa tempe, il sourit. Il allait enfin pouvoir les rejoindre. Cédric allait enfin pouvoir être en paix. Un long moment d'hésitation, puis il appuya sur la gâchette. Un bruit assourdissant. Il s'écroula au sol, une bonne fois pour toute. Plongé à présent dans un sommeil éternel. Mais comme le dit la rengaine ; "la vie continue"...


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :