• Les eaux troubles dans l'obscurité, ainsi que le paisible mais inquiétant silence qui se mariait à cette sensation d'engourdissement envahissait son être. Le vide. Il n'y avait rien d'autre. Juste l'impression d'être endormi. Soudain, une voix vint percer la croûte noire qui l'empêchait de revenir parmi les vivants. Il reconnaissait ce ton, cet accent... mais il ne parvenait pas à y mettre un nom. Cette inconnue si familière continuait de l'appeler, de le tirer hors des bras de Morphée. Croyant que la Grande Faucheuse était proche, il interpréta cette douce lumière pleine de chaleur comme étant le bout de ce fil de rasoir qu'est la vie. Mais bien vite, la lueur devint désagréable et piquante. Et alors il comprit que le soleil le contemplait de son regard perçant. Il ne réalisa pas tout de suite qu'une silhouette voilée par la lueur solaire le fixait d'un air qui semblait soulagé.

     

    <<Mon dieu... Tu es vivant... Tu m'as fais une de ces peurs, tu sais ?>> Dit-elle.

     

    Il se redressa pour ne plus avoir à faire face à la féroce étoile qui l'aveuglait. Prenant le temps de rassembler ses esprits et de retrouver ses repères, le jeune homme ne dit rien pendant une bonne dizaine de minutes qui semblaient des heures pour la jeune fille qui n'osait rien dire de plus. Finalement, il tourna son regard encore trouble vers sa compagne, mais aucun mot ne fut prononcé. Il restait là... à la dévisager. La demoiselle face à lui était plutôt jolie, elle possédait un charme enfantin que lui-même possédait du haut de ses 18 ans. Mais il connaissait l'âge de son amie ; elle était jeune. Bien plus jeune que lui. De longs cheveux blond vénitien... Ce qui pouvait interpeller n'importe qui sauf lui était la peau grisâtre et les yeux vitreux de cette dernière.

     

    <<Am ? Tu as perdu ta langue ? ... Je te promets que ce n'est pas moi.>>

     

    <<Non, non... Je n'ai pas perdu ma langue. Mais merci de t'inquiéter, Roxane...>>

     

    Roxane eu un léger sourire, rassurée d'entendre enfin la voix de son ami et compagnon de route. Elle était terrifiée à l'idée de perdre son seul ami en ce bas monde. Et puis sans lui, elle ne saurait survivre très longtemps. Elle baissa lentement le regard, soudain intimidée par les yeux de son camarade. Quand finalement le courage de l'admirer à nouveau revint, elle se rendit compte qu'il était toujours le même. Cheveux blancs argentés, yeux bruns ambrés et cette peau blafarde qui semblait donner plus de profondeur aux cernes noires qu'il possédait. Il avait l'air épuisé.

     

    <<Ne traînons pas.>> Lança-t-il soudain.

     

    La jeune fille eu un sursaut et leva la tête vers son compagnon déjà debout, rangeant une hachette maculée de rouge dans un gros sac à dos militaire. Hochant la tête, elle fut aidée par Am pour se tenir bien droite sur ses jambes. Le silence. Puis ils s'en allèrent de cette ville ravagée et déserte, suivant la grande route principale qui menaient à ce qui était autrefois une belle campagne à l'herbe fraîche.


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  • La route était longue, la marche éprouvante... alors que rien ne les attendait. Où qu'ils aillent, ils ne seront jamais les bienvenus. Am le savait. Roxane en était parfaitement consciente. Depuis qu'ILS étaient arrivés, la vie était devenue infernale. Mais ce n'était pas le pire. "Chacun pour soi" était la règle numéro un, et ce depuis quelques mois. Mais le duo refusait suivre cette loi stupide et travaillaient ensemble, histoire de trouver de la nourriture digeste et de l'eau potable... les vêtements propres n'étaient pas la priorité absolue dans le coin, mais si besoin s'en faisait terriblement ressentir, les ruisseaux étaient leurs amis.

     

    <<Tu crois qu'il y a des maisons dans le coin ?>> Demanda Am.

     

    Roxane le dévisagea et s'empressa de jeter un bref coup d'oeil aux environs. L'herbe autrefois fraîche était à présent sèche, jaunâtre et morte. Et les habitations qui, il y a longtemps débordaient de vie étaient à présent silencieuses et délabrées. Elle soupira tristement et n'osant pas regarder son compagnon, elle répondit dans un souffle presque inaudible qu'ils auraient plus à y gagner en continuant d'avancer. Le jeune homme grogna, l'air agacé. Après ce qui leur avait semblé des heures de marche, ils s'arrêtèrent finalement. Sans toquer, ils pénétrèrent dans le hall d'entrée d'une vieille maison poussiéreuse. Les deux compagnons s'installèrent tout en restant sur leurs gardes. Roxane se demandait très souvent si Am la percevait comme un boulet. Mais jamais le sujet n'avait été abordé. Alors, le doute restait présent comme une écharpe étouffante autour de sa gorge.

     

    <<Am ? Je peux te poser une question ?>> Chuchota la jeune fille.

     

    <<Hm ? Ouais ? Quoi ?>>

     

    <<Tu... Tu crois que c'est une bonne idée ?>> Lui demanda-t-elle.

     

    Am ne répondit rien. Il la fixait. La jeune fille se sentait mal à l'aise quand un tel regard lui était adressé. Craignant toujours un peu que son ami décide de la trahir. C'était sa plus grande peur. Mais le jeune homme ne faisait pas exprès d'avoir un regard aussi étrange et distant. Elle le savait.

     

    <<On va simplement passer la nuit ici. On repartira demain.>>

     

    Un sursaut. Jamais elle ne parvenait à prévoir quand est-ce que son compagnon de route se décidait à parler. Elle trouvait cela effrayant et presque singulièrement adorable. Hochement de tête. Ils étaient d'accord sur le plan à suivre. L'obligation que l'un d'eux veille était primordiale pour leur survie. Ce fut Am le premier à être de garde. Roxane n'avait pas vraiment besoin de se reposer, mais le jeune homme insistait pour qu'elle dorme. Alors, doucement ses paupières furent closes et tout devint noir.


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  • Un cri au loin, dans cette brume qu'est le sommeil. Elle comprit rapidement qu'il fallait sortir de l'agréable confusion que procure un repos bien mérité. Des paupières s'ouvrirent. Une main lui était tendue. Elle leva les yeux. Son ami semblait anxieux. Le connaissant, elle se doutait que c'était un mauvais présage. Prenant la main qui l'invitait, Roxane fut aidée par le jeune homme. Elle s'en voulait d'avoir autant de mal à tenir debout, bien droite. Mais quand elle voyait le dos courbé de son compagnon, sa culpabilité avait souvent tendance à disparaître. Et la compréhension se faisait. C'était à peine étonnant que les autres l'attaquent en le prenant pour l'UN d'entre EUX.

     

    <<On doit bouger.>> Marmonnait sans cesse Am, comme pour lui-même.

     

    La jeune fille remarquait bien qu'il frôlait la crise d'angoisse. Ce n'était pas comme si c'était évident, mais elle le devinait au vu de toutes ces répétitions de mots, de phrases, de mouvements. Lui-même ne s'en rendait pas compte quand cela se produisait. Elle s'approcha, prenant et serrant doucement sa main en s'emparant du sac à dos qui traînait au sol. Elle l'ouvrit et en sortit l'arme qu'Am gardait avec lui. Tendant la hachette, elle savait que c'était inutile de rassurer quelqu'un comme ça, dans une situation pareille et un monde comme celui-ci.

     

    <<Gardes-ça, Am. Tu vas en avoir besoin, tu sais ?>> Dit-elle.

     

    Le garçon s'accapara l'objet que lui tendait son amie. Il tremblait, mais semblait tout à fait confiant, arme en main. Roxane craignait qu'ils ne manquent de temps pour s'enfuir, enfilant le sac à dos sur ses épaules. Elle tira un peu son camarade par le bras pour qu'il la suive et bien vite, ils étaient en train de courir. Le bruit de leurs pas qui résonnaient et craquaient sous le plancher. La poussière qui s'envolait  et virevoltait dans tous les sens à leur passage dans une danse paniquée... C'était ça, la vie à présent. Le sommeil ne devait qu'être un moyen de rester en forme pour les longues et interminables journées de marche. La nourriture et l'eau étaient des denrées rares et l'hygiène passait en dernier. Mais surtout... il fallait être capable de se réveiller en pleine nuit pour prendre la fuite au moindre bruit suspect.

     

    <<Tu crois que c'était... un survivant ?>> Demandait Am sans changer de refrain.

     

    <<Peut-être. Mais on ne peut pas rester avec eux...>> Commença Roxane avant de marmonner quelque chose.

     

    Un coup de feu. Des sursauts. C'était proche. Ils devaient sortir de cette fichue maison avant qu'on ne les trouve. Ils étaient condamnés sinon. Roxane avait du mal à rester stable à cette vitesse de course et son ami avait tout autant de difficulté. Elle vérifia rapidement les chevilles de son compagnon. Elles se tordaient dans un angle véritablement désagréable. Comment ne pouvait-il pas avoir mal ? Même elle qui connaissait pire avait parfois du mal à le comprendre. Une voix. C'était bien plus proche que le cri brutal de l'arme à feu que possédait leur traqueur.

     

    <<Il faut le tuer, Roxane.>> Répétait le jeune homme.


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  • La jeune fille ne répondit rien. Le silence était roi. Ce que venait de dire son compagnon... Cette idée était claire et bien trop nette, telle une lame de rasoir. Dans ces moments-là, elle était terrorisée à l'idée de le voir tuer. De le voir arracher une vie. Et elle réalisait mieux pourquoi aucun survivant ne voulait de ce garçon. Il était fou. Un spasme de mépris. Une gifle. Elle n'avait pas le droit de penser cela de son compagnon. Elle n'était pas mieux. Et puis, elle avait... faim.

     

    <<D'accord. On le tue.>> Marmonna-t-elle.

     

    Am fit disparaître le bref sourire qui s'était dessiné sur ses lèvres. Se tournant vers l'ombre d'un homme, approchant à grande vitesse. Serrant sa hachette, il se mêla à l'obscurité nocturne, sans prévenir sa compagne qui fut prise d'une peur sans nom. Le survivant qui les poursuivait se pointait finalement, fusil en main. Il dévisagea longuement Roxane avant de brandir son arme. Mais le temps de viser et son crâne était ouvert en deux. La jeune fille ne put réprimer un cri d'horreur en voyant le sang et le liquide céphalo-rachidien s'écouler le long de ce visage et pétiller hors de la blessure. La hachette fut retirée... ainsi ce qui restait de la cervelle de la victime fut découverte. La jeune fille leva le regard vers son ami qui lui souriait. Malheureusement, le sang qui avait giclé sur sa personne le rendait plutôt menaçant.

     

    <<Je crois qu'on va pouvoir manger !>> Lança-t-il avec innocence.

     

    <<Je... Je ne crois pas que j'en serais capable...>>

     

    <<Roxane. On ne pourra pas toujours se nourrir de fruits pourris.>> Rétorqua-t-il froidement.

     

    La jeune fille réfugia sa tête entre ses épaules, chuchotant fébrilement d'innombrables excuses. Am s'approcha, laissant tomber son arme et serra son amie contre lui. Rassurer. Consoler. Il s'en voulait de s'être montré aussi brutal. Il savait à quel point Roxane se haïssait pour ce qu'elle était. Manger de la chair humaine n'arrangerait rien. Le dégoût serait multiplié. Etre capable de s'affamer pour ne pas se nourrir de proies qu'ils abattaient... Il comprenait parfaitement. Mais la survie avant tout. Seule Roxane et lui-même comptaient. Les autres n'étaient qu'une potentielle source de vivres à ses yeux. Rien d'autre.

     

    <<On le fait cuire ? Peut-être qu'il aura un goût de poulet !>>

     

    Roxane eu un sursaut, le dévisagea. Elle se retenait, mais finalement un immense éclat de rire s'éleva dans la pièce. Il était heureux d'être parvenu à la faire sourire. Il n'aimait pas la voir triste.


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  • Après avoir constaté sans surprise que leur repas était venu seul, ils s'installèrent devant la vieille cheminée crasseuse du salon où ils avaient campés avant de devoir fuir ce danger qui au final n'en était pas un. En réalité, ce survivant était comme un miracle. Ils n'avaient pas mangés depuis quelques jours et maintenant, ils allaient pouvoir s'éclater la panse. Alors que Roxane s'occupait d'allumer le feu, son ami quant à lui faisait l'inventaire de ce que possédait le défunt homme... Un fusil, un sac à bandoulière contenant de l'eau et quelques légumes ainsi que des explosifs. Le garçon sourit en remarquant ce dernier détail.

     

    <<Hey ! Roxane ! Il a des grenades !>> Railla-t-il.

     

    <<Avait. Il avait. Il est mort, Am.>>

     

    <<On s'en fout !>>

     

    Roxane ne répondit rien, vexée. Une gifle mentale. Elle ne pouvait se permettre d'être offensée. Son compagnon était comme ça. Soit il était vide, soit il était expressif. Et cette joie ! Elle n'avait pas le droit d'être froissée. Elle aimait le voir sourire, rire... parce que finalement, elle pouvait admirer le côté enfantin et vivant de son camarade. Elle attisait leur seule source de chaleur, heureuse à l'idée de partager un repas. De son côté, Am avait décidé de démembrer non sans difficultés le gibier. Un bras, puis une jambe... et l'autre bras, le torse... C'était dur. Surtout quand la lame venait se clouer dans un os. Il détestait ça.

     

    <<Mais merde quoi ! Tu peux pas être moins chiant à découper, monsieur ?>> Hurla-t-il.

     

    <<Hm ? Que se passe-t-il, Am ?>> Demanda Roxane d'un air surpris.

     

    <<Roxane ! Viens m'aider !>>

     

    La jeune fille se leva et s'approcha lentement. Son ami était en train de massacrer leur pain. Elle soupira. Se baissa. Et sans aucun effort, elle parvint à finir ce qu'Am ne parvenait à commencer. Le jeune homme la dévisagea. La remercia. Le silence était quelque peu gênant. Ils détournèrent tous deux le regard en riant nerveusement pour l'une et en ronchonnant pour l'autre.

     

    <<Heu... Le feu est prêt. Et j'ai trouvé une broche. On mange quand tu veux.>> Murmura timidement Roxane.

     

    Aucune réponse. Il boudait. La jalousie était un vilain défaut, certes. Mais qu'est-ce qu'il enviait son amie ! Elle était si forte, si agile. Lui, n'était qu'un boulet, une concentration de maladresse. En fin de compte, une réponse. Faible, oui. Mais il avait finalement hoché la tête, comme pour dire "mangeons maintenant, j'ai faim".


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