• MENTAL T.R.A.P➤

    Am a toujours été un garçon du genre craintif et tourmenté par ce qui l'entourait, pour diverses raisons qui pouvaient souvent sembler insensées aux yeux de beaucoup d'autres et ce même s'il paraissait fréquemment agressif ou détraqué, il se révélait être quelqu'un de timide et terrifié par les différents individus qui existaient en ce monde. Bien plus tard quand tout devint poussière et agonie, le jeune homme continuait d'avoir peur. Il n'avait jamais cessé même s'il ne le montrait plus autant que par le passé. Qui plus est au fur et à mesure que le temps s'écoulait, Am s'habituait au terrible climat de souffrance, de silence et de violence qui régnait sur ces terres mortes recouvrant la planète. Et puis ça ne changeait pas vraiment de son ancienne vie ; désirer la mort mais ne jamais l'accepter. Il ne survivait que pour elle. Elle était sa raison d'exister en ces tristes lieux. Et son dévouement pour cette personne ne céderait jamais. Quiconque tenterait de le détourner de cette jeune fille le payerait au prix fort.

    Fils de May Castro et de Yohenn Carter, Am était incapable de dialoguer. De donner son avis de vive voix, son père n'étant pas d'une très grande aide au contraire. S'intégrer. Avoir confiance. Il ne pouvait le faire avec cet homme qui l'insultait et le rabaissait sans arrêt. Ce garçon était seul et incompris de tous. Pourtant, Am avait toujours souhaité avoir des amis, des gens avec qui discuter. Malheureusement, il constatait à chaque fois que ceux qu'il surnommait les "spécimens humains" n'étaient que rarement des personnes fiables et douées de bonnes intentions. Après tout, ces ombres sans visage le dévisageaient comme s'il n'était pas le bienvenu, comme s'il était un extraterrestre. Que pouvaient-ils donc bien murmurer quand il n'était pas là ? Que disaient-ils comme méchancetés sur lui dans son dos ?

     

    <<N'est-ce pas pitoyable ? Il ne cherche qu'à attirer l'attention sur lui. Quel crevard.>> Susurrait une voix sinistre et mielleuse à la fois.

     

    <<Il n'est même pas capable de faire son lit correctement. Pauvre crétin ! Complètement inutile !>> Suivit une autre, tout aussi sournoise.

     

    <<Si seulement il pouvait disparaître. On serait tellement plus heureux sans lui !>> Ajouta une troisième en ricanant.

     

    Le jeune homme plaquait ses maigres et blanches mains sur ses oreilles comme pour faire taire toutes ces remarques malfaisantes, toujours plus blessantes et atroces. En vain. Pourquoi n'était-il pas comme les autres ? Pourquoi toutes ces personnes étaient dans l'incapacité de l'accepter tel qu'il était ? Il ne méritait pas autant de haine, tant de moqueries. Il était gentil ou essayait de l'être avec tout le monde. Am n'aimait pas voir la souffrance dans les yeux des gens et faisait de son mieux pour les aider. Mais jamais aucune récompense autre que celle des nocives critiques qui tombaient sur lui, tournant en boucle au fin fond de son esprit malade. Dans ces moments-là, il avait des pensées qu'il regrettait bien rapidement. De meurtrières et sanglantes idées.

     

     

    Silencieux, le jeune homme ne disait rien. Trop épuisé, il planait complètement à cause des médicaments qu'on lui administrait régulièrement. Maudit traitement tout à fait inutile. Affalé sur son lit, il semblait entièrement déconnecté du monde qui l'entourait. La seule chose qu'il distinguait réellement était ce plafond et ces murs blancs ainsi que cette silhouette trouble et impossible à identifier clairement. La porte de sa chambre était entrouverte, laissant se faufiler quelques rayons de lumière là où les volets de sa fenêtre bloquaient absolument toute lueur du soleil matinal. Mais était-ce vraiment l'aube ? Quelle heure était-il d'ailleurs ? Quel jour pouvait-on bien être, au juste ? Tout était si vague. Aucune voix diabolique ne venait lui porter préjudice. En vérité, il n'était même pas capable d'entendre ses propres pensées, comme si l'intérieur de son crâne était totalement vide de conscience.

     

    <<Bien. C'était parfait. Il est temps de se lever à présent, Monsieur Carter. Il est important de prendre un petit-déjeuner.>> Fit une voix réconfortante et pourtant détestable.

     

    C'est au bout d'une dizaine de minutes que le jeune homme comprit qu'il venait de subir une prise de sang. Comment n'avait-il pu s'en rendre compte ? Il avait horreur des aiguilles. Am se sentait engourdi et flegmatique... non, mollasson était le mot exact. Cochonneries de psychotropes.

     

     

    <<On va simplement passer la nuit ici. On repartira demain.>>

     

    C'est ce qu'il avait dit à son amie Roxane qu'il avait réussi à convaincre de se reposer un peu. Contemplant cette dernière, un sourire fit sa timide apparition sur ses lèvres blanchâtres et gercées ; il était peut-être obligé de surveiller l'état de santé de sa camarade qui ne ressentait plus rien et ne se rendait donc pas compte lorsqu'elle manquait d'énergie mais cela ne le dérangeait pas. Retirant ses épais gants noirs, il observait longuement ses mains sans décrocher ne serait-ce un mot. Rapidement, elles devinrent rouges et dégoulinantes sous le regard horrifié de l'adolescent. Ses yeux s'écarquillèrent, ses pupilles se rétractèrent violemment et le cri qu'il avait besoin de pousser restait obstinément coincé au fond de sa gorge. Pris d'un brusque mouvement de recul, la tête du garçon percuta le mur derrière lui, assommant légèrement ce dernier. Inspire. Expire. C'est bien, pensait Am d'un air fébrile. Une fois de nouveau calme, il jeta un bref regard vers sa compagne ; pourquoi les gens paraissaient toujours aussi innocents quand ils dormaient ? Et plus important, l'était-il encore après avoir fait couler autant de sang depuis le début de cette tragédie ? Il n'avait pas la réponse. C'est en silence qu'il renfila ses gants.

     

     

    Même s'il n'appréciait pas ces activités stupides organisées par les infirmiers et aide-soignants, il tentait néanmoins contrairement à d'autres d'y prendre part, de s'investir et de forcer un très léger sourire. Mais l'idée de moisir ici ne l'enchantait guère. Il n'avait aucune envie de rester là ; au sein de cet établissement psychiatrique malgré l'assez bonne ambiance qui y régnait. L'environnement était plus ou moins jovial et reposant mais il ne supportait pas les gens qui travaillaient ici car ces derniers lui cachaient des choses. Il détestait et méprisait ses camarades de secteur qui le traitaient comme un psychopathe. Il n'aimait tout simplement pas cet endroit. Il ne voulait qu'une chose ; sortir d'ici et partir loin de ce lieu pour ne plus jamais reparler de cette période-là de son existence.

     

     

    Am était effrayé et il ne pouvait le cacher à son amie qui par chance n'avait apparemment rien remarqué, nerveuse elle aussi. Il allait le faire. Il allait LES utiliser dans le but de s'en prendre aux survivants. Qui mieux que CES CRÉATURES était capable de semer la panique au sein d'un groupe tout entier ? Un véritable buffet gratuit. ÇA serait probablement ravi si c'était encore capable de penser et de réfléchir. Était-ce même possible, d'ailleurs ?

    Avec l'aide de la jeune fille, il attirait LES BÊTES en leur direction. Un grand nombre. Un vrai troupeau. Il laissa échapper un rire à cette pensée. Dans sa tête se murmurait cette habituelle et chaotique symphonie de fantômes fallacieux qui se mêlent les uns les autres tout en critiquant insidieusement son choix.

     

    <<Tu aimes vraiment sentir le sang sur ton visage, n'est-ce pas ? Tu adores voir les gens souffrir.>> Grinçait une voix malicieuse.

     

    <<Non. Je ne fais que survivre.>> Clamait la conscience du jeune homme.

     

    <<Quel vilain menteur ! Quel cruel tueur ! Pauvre idiot. Se voiler la face ainsi...>> Fit une autre d'un air indigné.

     

    <<Je ne les connais pas. Ils n'ont pas mon affection. Ils ne sont donc pas importants.>> Pensait l'adolescent, les larmes aux yeux à force de devoir entendre toutes ces voix discordantes qui le persécutaient.

     

    C'est avec de considérables difficultés qu'il parvint à guider LES MONSTRES au sein du campement. Elles résonnaient en lui, persistant à le faire souffrir sans aucune clémence. Mais Am essayait de les ignorer du mieux qu'il puisse. C'était l'heure de se régaler, après tout. Bon appétit pensait le jeune homme tout en LES regardant dévorer ces pauvres survivants. Quoiqu'il arrive seuls lui et Roxane comptaient et ce même s'il pouvait mettre le monde à ses pieds en étant un véritable remède sur pattes. Mais comme le dit la rengaine ; "On ne sauve pas ce qui n'existe plus".


  • Commentaires

    1
    Mercredi 21 Juin 2017 à 21:45
    très bien décris..j'adore,continus comme ça !
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